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ROBRE - DUPLICATA - IMP

Il y a plusieurs méthodes de compétition au bridge. Pour l'essentiel, elles se résument à trois.
Vous jouez à quatre personnes autour d'une table ­ disons un samedi soir, chez un ami, vous changez de partenaire à chaque robre, ou encore vous gardez le même partenaire toute la soirée, question d'entente préalable. Vous additionnez les points à la fin de la soirée. Vous avez joué au robre.

Vous vous pointez dans un club de bridge et vous jouez plusieurs étuis ­ généralement 24 ­ contre plusieurs équipes. Vous avez pratiqué le bridge duplicata, nommé ainsi parce que les mains que vous recevez sont les mêmes (elles sont "dupliquées", duplicated en anglais, d'où le terme duplicata) que celles reçues par les personnes occupant les mêmes positions cardinales que vous. Par exemple, si vous êtes assis en Sud, tous les autres Suds auront les mêmes cartes que vous, puisqu'ils prennent leur jeu dans l'étui sud de chaque étui. Ce qui enlève pratiquement le hasard, du moins pour l'ensemble de la soirée : vous pouvez vous classer premiers à la fin de la soirée sans avoir eu de jeu, car vos vrais ennemis ne sont pas les paires que vous rencontrez, mais les joueurs qui jouent dans la même position cardinale que vous. Faites-vous mieux ou moins bien avec les mêmes cartes contre des joueurs qui ont eux aussi les mêmes cartes que leurs adversaires ­ les personnes occupant la même position cardinale qu'eux ­ tenaient en main? Zat is zee duplicate question!

Enfin, il y a une troisième forme de compétition, plus rare que le duplicata parce qu'un peu plus compliquée à organiser, mais populaire chez les joueurs. Certains experts prétendent, à juste titre me semble-t-il, que cette méthode est celle qui mesure le plus objectivement la qualité de vos performances bridgéennes. Il s'agit des équipes de 4. Vous avez trois partenaires, et non un. L'une des paires de votre équipe joue nord-sud alors que l'autre joue est-ouest contre les partenaires de ceux-là même qui jouent est-ouest à votre table. La boucle est bouclée, la comparaison parfaite, puisque, vous l'avez deviné, les deux équipes jouent les mêmes étuis. Vous êtes, pour chaque étui, en défense à une table et à l'attaque à l'autre ­ à moins qu'il arrive que la même équipe attaque dans deux contrats différents à chaque table...Il reste que la boucle est bouclée quand même, les deux équipes jouent les mêmes étuis entre elles. La compétition se mesure ici en International Match Points, d'où le sigle IMP sur la feuille de convention de l'ACBL.

Les stratégies d'une méthode à l'autre : Robre et Imps vont comme deux larrons en foire ­ même attitude, même stratégie, nous jouons contre un seul adversaire (paire ou équipe). Je gagne si je gagne par 1 point! Alors qu'au duplicata, pour que notre paire se classe première à la fin de la soirée, nous devons viser à un résultat moyen d'environ 60% (ou un peu mieux ) sur chaque étui, i.e., faire mieux à chaque étui que 60% des autres équipes.

Mais parce que le résultat de chaque étui au duplicata forme un tout ­ ainsi, une soirée de 26 étuis doit être considérée comme 26 petits matchs tous aussi importants les uns que les autres ­ et que les IMPS sont cumulatifs, il faut se battre différemment dans ces deux arènes. Par exemple, disons que je suis dans un contrat de 3SA au duplicata. Dès l'entame, je me rends compte que les autres paires dans notre position joueront à 4C. Si tout le monde fait son contrat, eux leur 4C et moi mon 3SA, mon partenaire et moi recueillerons un trou, les autres paires ayant 20 points de plus que nous. Il faut donc que je joue pour faire 4SA, quitte à opter pour une ligne de jeu quasi-suicidaire. Par contre, aux IMPS, pas de problème : l'autre équipe fera 4, nous serons à 3SA réussi, et la différence de 20 points ne vaut... qu'un Imp.

En d'autres mots, la question fondamentale aux Imps peut se poser ainsi : avons-nous une manche ? Alors qu'au duplicata, elle se formule comme suit : pouvons-nous faire une levée de plus ?
Dans la pratique, on ne peut réussir à quelque méthode que ce soit sans jongler avec l'aspect statistique de ce problème complexe. Par exemple, face au contrat qui a 50% des chances de réussite, qu'est-ce que je fais aux IMPS ? Au duplicata ? Vulnérable ? Non vulnérable ? En équipe de 4C, à l'autre table, si les adversaires ne demandent pas la manche et qu'ils ont raison, combien de IMPS perdrons-nous ? Si, en revanche, le contrat est là, combien gagnons-nous ? Etc. Ce genre de questions statistiques exprime le pourcentage de probabilités requis pour demander un contrat. Par exemple, aux IMPS, vulnérable, nous devrions demander une manche qui a un peu moins de chances de réussite que d'échec.

Pour plus de détails, consultez le premier chapitre de Match point precision, de Kathy Wei et Ron Andersen, ainsi que les chapitres 28 et 32 de Duplicate bridge, de Kay, Silodor et Karpin. Il y a aussi le beau livre de Harold Feldheim, Winning Swiss team tactics in bridge, et celui de Mike Lawrence sur le même sujet

Article de Michel Frankland (enseigne le bridge depuis 1975 au Canada)